En moins de trois ans, la France a été expulsée du Mali (2022), du Burkina Faso (2023) et du Niger (2023) : la fin de l'opération Barkhane et de 60 ans de présence militaire française en Afrique de l'Ouest. Dans le vide laissé, Wagner (rebaptisé Africa Corps) et les puissances du Golfe se positionnent. Le Sahel entre dans une période d'instabilité chronique sans filet occidental.
La Fin de la Françafrique Sécuritaire
L'opération Barkhane (2014-2022) a mobilisé jusqu'à 5 500 soldats français sur 5 500 000 km² de désert sahélien. Son objectif : contenir la progression djihadiste d'AQMI, du GSIM et de l'EIGS. Le bilan opérationnel est ambigu, les groupes armés se sont adaptés, dispersés, puis reconstitués. En 2022, le Mali sous junta demande le départ des troupes françaises. L'effet domino frappe le Burkina Faso en 2023, puis le Niger après le coup d'État de juillet 2023.
| Pays | Coup d'État | Expulsion France | Arrivée Wagner/Africa Corps |
|---|---|---|---|
| Mali | 2021 | Jan. 2022 | Déc. 2021 |
| Burkina Faso | Jan./Sept. 2022 | Fév. 2023 | 2023 |
| Niger | Juil. 2023 | Sept. 2023 | Déc. 2023 |
| Tchad | Stabilité relative | Redéfinition partenariat | Pression croissante |
Africa Corps : La Russie Comble le Vide
Wagner, rebaptisé Africa Corps après la mort de Prigojine (août 2023), est devenu un instrument d'État du GRU russe. Sa présence au Mali, Burkina et Niger combine : sécurité des dirigeants (gardes prétoriennes), exploitation minière (or, uranium, diamants), et influence informationnelle anti-française. Les ressources extractives financent en partie l'opération, modèle testé en Centrafrique depuis 2018.
La Pression Djihadiste Ne Diminue Pas
Contrairement aux promesses des juntes, la sécurité ne s'est pas améliorée après le départ français. Le GSIM et l'EIGS ont continué d'étendre leur emprise territoriale. Le Burkina Faso a perdu le contrôle de 40 % de son territoire en 2025. L'accès humanitaire est bloqué dans des régions entières. Plus de 2 millions de déplacés internes au Sahel.
L'Alliance des États du Sahel : une Souveraineté sous Tutelle
En janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officialisé l'Alliance des États du Sahel, confédération née du rejet de la France et de la CEDEAO. Le discours est souverainiste : armée commune, passeport commun, projet de monnaie unique affranchie du franc CFA. La réalité est plus ambiguë. Pour tenir, les juntes dépendent d'Africa Corps pour leur sécurité rapprochée, de la Russie pour l'armement, de la Chine et des pays du Golfe pour les capitaux. La souveraineté proclamée se double d'une dépendance recomposée, simplement réorientée vers l'Est.
Le Modèle Extractif d'Africa Corps
La présence russe ne relève pas de l'aide désintéressée. Le modèle, rodé en Centrafrique depuis 2018, échange sécurité des dirigeants contre accès aux ressources : or, uranium, bois, diamants. Des sociétés-écrans exploitent les mines, les revenus financent l'opération et alimentent les caisses du Kremlin, contournant les sanctions occidentales. Pour les populations, la contrepartie est maigre : les exactions attribuées aux supplétifs russes comme aux armées nationales se multiplient, documentées par les ONG, sans que la menace djihadiste recule.
La Bascule vers le Golfe de Guinée
Le front se déplace vers le sud. Faute d'être contenus, le GSIM et l'EIGS poussent vers les frontières du Bénin, du Togo, du Ghana et de la Côte d'Ivoire, longtemps épargnés. Les premières attaques dans les parcs du nord du Bénin et du Togo signalent une contagion côtière. Si les États du Golfe de Guinée basculent à leur tour, c'est toute l'Afrique de l'Ouest, et ses façades portuaires, qui entrent dans la zone grise.
La CEDEAO Fracturée
Le retrait annoncé du Mali, du Burkina et du Niger de la CEDEAO en 2025 a brisé l'unité ouest-africaine. L'organisation, affaiblie, hésite entre sanctions et dialogue. Le Sénégal et la Côte d'Ivoire, piliers démocratiques restants, tentent de préserver une ligne médiane. Mais la contestation du franc CFA, les discours panafricains et l'influence russe fragilisent un édifice régional déjà sous tension.
DÉBAT
La France portait une responsabilité postcoloniale : La présence militaire française, perçue comme néocoloniale, alimentait la radicalisation locale.
Le départ n'a pas résolu les problèmes : Les juntes militaires sont moins capables que les forces conjointes franco-africaines ; Africa Corps exploite les ressources sans sécuriser les populations.
** : La déstabilisation du Sahel est structurelle. Elle nécessite des solutions politiques, économiques et sécuritaires que ni la France ni Wagner ne fournissent.
SCÉNARIOS
| Scénario | Probabilité | Conséquence |
|---|---|---|
| Enlisement et partition de facto | Élevée | Zones hors contrôle, déplacés en hausse |
| Contagion au Golfe de Guinée | Moyenne | Déstabilisation des façades portuaires |
| Rupture entre juntes et Africa Corps | Faible | Vide sécuritaire total |
| Retour négocié d'un partenariat occidental | Faible | Suppose un changement de régime |
La trajectoire la plus probable n'est ni la stabilisation ni l'effondrement brutal, mais une instabilité chronique : des États-garnisons adossés à Moscou, incapables de reconquérir leur territoire, pendant que la menace descend vers les côtes. Le départ de la France a clos une époque sans en ouvrir une meilleure.
CHRONOLOGIE
- 2013 : Opération Serval (Mali) : 4 000 soldats, succès initial
- 2014 : Opération Barkhane : 5 500 soldats sur 5 pays
- Août 2020 : Premier coup d'État au Mali (IBK renversé)
- Déc. 2021 : Arrivée de Wagner au Mali
- Jan. 2022 : Expulsion des forces françaises du Mali
- Sept. 2022 : Deuxième coup d'État au Burkina Faso
- Fév. 2023 : France quitte le Burkina Faso
- Juil. 2023 : Coup d'État au Niger
- Jan. 2025 : Création de l'Alliance des États du Sahel (AES)
